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Comment la France entend combler son retard du stockage par batteries?

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Alors que les systèmes de stockage par batteries deviennent indispensables dans la transition énergétique, la France accuse un certain retard par rapport aux pays les plus avancés dans ce secteur stratégique. Pourtant, maîtriser le stockage est désormais essentiel pour assurer la stabilité de notre réseau électrique.

  • L’état actuel du stockage en France

Aujourd’hui, la stabilité du réseau électrique français repose principalement sur les échanges transfrontaliers, la gestion de la consommation et le stockage hydraulique via les Stations de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP).

Les STEP sont des installations hydroélectriques qui stockent l’électricité en transférant de l’eau entre deux bassins situés à différentes altitudes. Leur fonctionnement est simple : lors des périodes de faible demande, souvent la nuit, l’électricité excédentaire est utilisée pour pomper l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur. En période de forte demande, l’eau est relâchée vers le bassin inférieur en passant par des turbines, produisant ainsi de l’électricité.

Ce système offre une capacité d’environ 5 GW en turbinage et 4,3 GW en pompage. Cependant, cette technologie atteint aujourd’hui ses limites : aucune nouvelle STEP n’a été construite depuis la fin des années 1980, et les contraintes géographiques limitent les capacités supplémentaires à moins de 1,5 GW d’ici 2035. Dans ce contexte, les batteries apparaissent comme une alternative incontournable pour renforcer la sécurité énergétique nationale.

  • Les batteries en plein essor, mais encore marginales 

Le stockage par batteries, principalement basé sur la technologie lithium-ion, a connu un développement important au cours des cinq dernières années. La capacité installée en France est passée de moins de 50 MW à plus de 1 GW fin 2024 (1 GW = 1 000 MW). Toutefois, la croissance s’est récemment ralentie, en raison du passage à des projets plus ambitieux, de délais prolongés et d’exigences techniques accrues.

En effet, de nombreux projets à venir doivent se raccorder au Réseau Haute Tension (HTB), ce qui nécessite des équipements complexes, comme des transformateurs. Selon RTE (Réseau de Transport d’Électricité), plus de 7 GW de projets bénéficient déjà d’un accès réservé au réseau de transport, tandis que les demandes de raccordement ont doublé depuis 2022.

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  • Pourquoi ce retard face à d’autres pays européens?

Comparée au Royaume-Uni, la France est plutôt réactive que proactive. Outre-Manche, près de 5 GW étaient déjà opérationnels fin 2024, avec autant en cours de construction. Ce n’est que le début : les demandes de raccordement atteignent 129 GW pour 2035, bien au-delà des besoins ciblés.

Ce dynamisme s’explique par un cadre réglementaire clair, une diversité des sources de revenus et une baisse significative des coûts des batteries, notamment grâce à la technologie LFP (lithium-fer phosphate), devenue très compétitive.

  • Les opportunités économiques du stockage par batteries 

Investir dans une installation de stockage par batteries permet aux opérateurs de bénéficier de trois principales sources de revenus. Premièrement, le report de charge : acheter l’électricité à un prix faible, la stocker, puis la revendre lorsque les tarifs sont plus élevés. Deuxièmement, la participation aux marchés d’équilibrage, qui assurent la stabilité en temps réel de la fréquence et de la tension du réseau. Enfin, le marché de capacité, où une installation peut être certifiée par RTE pour garantir l’approvisionnement électrique lors des pics de consommation hivernaux.

Ces mécanismes constituent une base économique attractive pour encourager le développement de projets de stockage et permettre à la France de combler son retard.